L’amour ? peut-être que je ne sais pas ce que c’est vraiment

Article original écrit par Mark Manson le 17 mars 2016
traduit intégralement de l’anglais – markmanson.net

Nous sommes assis, silencieux. Mon amie regarde fixement son verre vide, de temps en temps elle remue les glaçons avec sa paille. « Waouh » , dit-elle. Je suis là, assis, et j’attends qu’elle dise autre chose. Cette nuit avait commencé de façon festive, elle s’est transformée en une longue discussion pleine de profondeur sur l’amour, sur ce qu’est l’amour, et pourquoi il est vraiment rare.
Finalement je dis : « wouah, quoi ? »
« Je suis en train de penser que je n’ai jamais vécu ça »
« Et bien, peut-être que tu n’as simplement pas encore rencontré la bonne personne », dis-je – le truc totalement cliché que n’importe quel ami dit dans ce genre de situation.
« Non », dit-elle « ce que je suis en train de te dire, c’est que je n’ai jamais vécu ça avec personne. Mes parents, ma famille, et même mes amis pour la plupart ». Elle lève ses yeux sur moi, au bord des larmes « peut-être que je ne sais pas ce que c’est que l’amour ».

Le sytème économique de la « cool attitude » sous condition

Quand tu es ado, être « cool » c’est l’équivalent d’une monnaie d’échange. Tu accumules le plus possible de points de « cool attitude » et ensuite tu trouves d’autres gamins avec un côté très cool, et tu négocies pour partager ce côté cool pour que tout le monde ait l’air encore plus cool.
Et si à un moment tu tombes sur un gamin beaucoup moins cool que toi, tu dis à ce blaireau de dégager, et d’arrêter de jouer au pauvre type et de ruiner ton côté cool parce que les autres gamins cools pourraient te voir, genre, parler avec lui.

Le niveau de ta « cool attitude » détermine le niveau de demande d’interaction que les autres ont avec toi. Si tu es un naze en sport, et que le sport c’est cool, il aura beaucoup moins de types qui voudront être ton ami. Si tu assures grave quand tu joues de la guitare, et que la guitare c’est cool, ton côté cool aura la cote maximum et les gens t’aimeront à nouveau. Et c’est comme ça que l’école devient une sorte de course sans fin, une escalade pour être le plus cool possible.

Toutes ces conneries et ces petits jeux auxquels jouent les ados sont le résultat de cette forme d’économie du cool. Ils se pourrissent mutuellement, se vantent de trucs qu’ils n’ont pas fait et pensent qu’ils aiment des gens qu’en réalité ils détestent et pensent qu’ils détestent des gens qu’en fait ils aiment parce que ça les rend plus cool et ça leur rapporte plus de followers sur Snpachat et une pipe par leur petite copine d’un soir.

Les relations sur le mode conditionnel sont des miroirs aux alouettes,
où tu ne sais jamais vraiment qui est la personne en face de toi.

Ces relations d’un niveau de maturité dignes d’un lycéen fonctionnent sur un mode conditionnel par nature. Ce sont des relations du type je-ferai-ça-pour-toi-si-tu-fais-ça-pour-moi. Dans ce genre de relations, la personne qui était ton meilleur ami pendant une année parce que vous étiez tous les deux fans du même DJ va devenir ton pire ennemi un an plus tard parce qu’il s’est foutu de toi pendant le cours de biologie. Ce mode de relation est instable. Et creux. Et franchement dramatique. Et c’est pour ça que personne ne regrette ces années d’école et que personne ne voudrait les revivre.

Et c’est très bien. Avoir évolué dans ce système économique de la « cool attitude » fait grandir et permet d’apprendre à se connaître. Il faut avoir mis un pied dans toutes ces conneries pour apprendre à voler un peu plus haut.

Parce qu’à un moment, tu sors de cette approche qui consiste à voir la vie en mode « donnant-donnant ». Tu commences à apprécier les gens pour ce qu’ils sont, et pas parce qu’ils jouent au foot ou qu’ils utilisent la même marque de papier toilette que toi.

Rester coincé dans des relations de type conditionnel

Tout le monde n’arrive pas à sortir de ces relations en mode conditionnel. Beaucoup de gens, pour telle ou telle raison, restent coincés dans cette économie de la « cool attitude » et continuent à jouer à ce jeu une fois devenus adultes. La manipulation devient de plus en plus sophistiquée mais il s’agit bien des mêmes jeux. Ils ne se dépêtrent pas de la croyance selon laquelle l’amour et l’acceptation sont liées à une forme de bénéfice qu’ils apportent à l’autre, à des conditions qui doivent être remplies.

Le problème avec les relations du type conditionnel, c’est qu’elles donnent la priorité sur quelque chose qui n’est en fait pas la relation en elle-même. Donc ce n’est pas toi qui m’intéresse, mais plutôt tes tickets d’entrée dans le monde de l’industrie musicale. Ou ça n’est pas vraiment moi qui t’intéresse, mais mon visage incroyablement magnifique et mes répliques pleines d’esprit (je sais, je sais, c’est ok).

Ces relations sur le mode conditionnel peuvent vraiment tout foutre en l’air au niveau émotionnel. Car cette décision de courir après la « cool attitude » ne fonctionne tout simplement pas. On court après le « côté cool » parce qu’on se sent minables à l’intérieur et qu’on a absolument besoin de se voir d’une manière différente. Donc ça n’est pas vraiment de toi qui m’intéresse, mais de mon besoin de t’utiliser pour me sentir mieux. Peut-être que j’essaye de te sauver ou de résoudre tes problèmes, ou de subvenir à tes besoins, ou de t’impressionner d’une manière ou d’une autre. Peut-être que je t’utilise pour le sexe, ou pour l’argent, ou pour impressionner mes amis. Peut-être que tu m’utilises pour le sexe, et que j’aime ça parce que, pour une fois, je me sens désiré.e et remarqué.e.

Présente le truc comme tu veux, mais au fond, c’est exactement la même chose. Ces relations sont construites sur des conditions. Elles sont construites sur « je t’aimerai seulement si grâce à toi je me sens bien, et tu m’aimeras seulement si tu te sens bien grâce à moi. »

Souvent, dans les relations conditionnelles, tu montres à l’autre quelque chose
qui est complètement différent de ton vrai ressenti.

Les relations sur le mode conditionnel sont la quintessence de l’égoïsme. Si ce qui m’intéresse c’est plus ton argent que toi, en fait ma relation se résume à une relation avec l’argent. Si ce qui t’importe, c’est plus le succès professionnel de ta partenaire qu’elle même, en réalité tu n’as pas vraiment une relation avec elle, mais simplement avec sa carrière. Si ta mère ne s’occupe que de toi et supporte tes petits arrangements avec l’alcool parce que ça l’aide à se sentir une meilleure mère, en réalité ça n’est pas sa relation avec toi qui est au centre, mais sa manière d’avoir l’impression d’être une bonne mère.

Quand nos relations sont conditionnelles, nous n’avons en réalité aucune relation.

Nous nous attachons à des objets et des idées superficielles, et nous essayons de vivre par procuration à travers les gens dont nous nous rapprochons. Ces relations sur le mode conditionnel nous rendent dans les faits encore plus seuls, car il n’y a aucune connexion réelle effective.

Cerise sur le gâteau, dans ce type de relations sous conditions, nous tolérons qu’on nous traite mal. Après tout, si je sors avec une fille super bien roulée qui impressionne tous mes potes, j’ai en même temps plus de risques de la laisser me traiter comme de la merde, puisque, finalement, je suis avec elle pour impressionner les autres, et pas pour la manière dont elle me traite.

Les relations de type conditionnel ne durent pas, car elles sont construites sur des conditions qui ne durent pas. Et lorsque ces conditions ne sont plus là, comme si on avait retiré le tapis sous leurs pieds, les deux personnes se cassent la gueule en se faisant mal, et elles n’ont rien vu arriver.

Les relations basées sur l’amour inconditionnel

Généralement, cela prend un peu de temps avant que la nature transitoire des relations conditionnelles n’apparaisse au grand jour. Les adolescents sont jeunes, et découvrent tout juste leur identité, il est donc normal qu’ils soient constamment obsédés par les comparaisons avec les autres. Mais, les années passant, la plupart des gens réalisent que leur entourage change. Et il y a probablement une raison à cela.

En vieillissant, la plupart des personnes arrivent à donner la priorité aux relations inconditionnelles – les relations où chaque personne est acceptée inconditionnellement pour ce qu’elle est, sans aucune autre attente. On appelle cela « l’âge adulte » et c’est un pays de légende que peu de personnes, quelque soit leur âge, découvriront jamais, et où un nombre encore plus restreint vivra un jour.

Le truc pour « grandir », c’est de donner la priorité aux relations inconditionnelles, à appendre à apprécier quelqu’un malgré ses failles, ses erreurs, ses idées bizarres, et à juger partenaires ou amis uniquement en fonction de la manière dont ils te traitent, et non pas de la manière dont tu les utilises à ton profit, à les voir comme des individus en tant que tels, comme un fin en soi, et pas une manière d’atteindre quelque chose d’autre.

Les relations inconditionnelles sont des relations dans lesquelles chacun respecte et aide l’autre, sans attendre quoique ce soit en retour. Autrement dit, chaque personne dans cette relation a une valeur par rapport à la relation elle-même – l’empathie et le soutien mutuel – et pas pour son boulot, son statut, son physique, son succès ou n’importe quoi d’autre.

Les relations inconditionnelles sont les seules relations véridiques. Elles tiennent le choc et traversent les hauts et les bas que la vie met sur nos chemins. Elles ne sont pas abimées par des profits superficiels et des échecs. Si nous avons, toi et moi, une amitié inconditionnelle, ça n’a aucune importance que je perde mon boulot et que je déménage, ou que tu changes de sexe et que tu commences à jouer du banjo ; toi et moi, on continuera à se respecter et à se soutenir mutuellement. Cette relation n’a rien à voir avec le système économique du « paraître cool » où je te laisse tomber dès que tu diminues mes chances d’impressionner les autres. Et je ne vais certainement pas être contrarié si tu choisis de faire dans ta vie quelque chose que je n’aurais absolument pas choisi moi même.

Les personnes qui sont engagées dans des relations sous conditions n’ont jamais appris à voir les personnes de leur entourage autrement que par les bénéfices qu’elles peuvent en retirer. C’est probablement parce qu’elles ont grandi dans un environnement où elles étaient seulement appréciées en raison des bénéfices qu’elles pouvaient apporter.

Comme d’habitude, ce sont les parents qui sont souvent responsable dans ce cas. Mais la plupart des parents n’ont pas conscience d’aimer leurs enfants de manière conditionnelle. (en fait, il est fort probable qu’ils n’aient jamais été eux même aimés de manière inconditionnelle par leurs parents, donc ils ne font que reproduire des schémas). Mais, comme pour toute type de compétence relationnelle, c’est au départ le milieu familial qui nous montre l’exemple. Si papa t’appréciait seulement quand tu obéissais à ses ordres ; si maman t’aimait uniquement quand tu avais des bonnes notes ; si ton frère était sympa avec toi uniquement quand vous n’étiez que tous les deux : toutes ces choses t’ont inconsciemment entraîné à te considérer comme un objet apportant des bénéfices aux autres. Puis tu construiras tes relations futures en te modelant de manière à entrer dans le moule des besoins des autres. Il ne s’agira pas de tes propres besoins. Tu construiras aussi tes relations en manipulant les autres pour satisfaire tes besoins au lieu de t’occuper de les combler par toi-même. C’est la base d’une relation toxique.

Hypothèses relationnelles

Les conditions sont à double tranchant. Tu ne restes pas ami avec une personne qui t’utilises pour se sentir mieux à moins que toi-même tu ne retires un bénéfice de cette amitié. Malgré ce que pense chaque fille qui poste sur facebook une citation nunuche de Marylin Monroe, ce n’est pas une preuve d’amour inconditionnel pour soi-même que de rester accidentellement piégée dans une relation avec quelqu’un qui t’aime pour tes seins. Non, tu as pris un pari sur les conditions posées par cette personne parce que tu les utilisais pour y trouver ton propre compte.

(morte d’une overdose, malheureuse et seule – citée des années après par des femmes dans l’espoir de se sentir mieux tout en étant malheureuses et seules)

La plupart des relations sous conditions sont construites inconsciemment – c’est-à-dire qu’on plonge dedans sans réfléchir consciemment sur qui est cette personne et pourquoi elle t’apprécie, ou ce qu’indique son comportement vis à vis de toi. Tu vois juste ses tatouages charmants, tu es un peux jaloux de son vélo de compétition et tu as simplement envie d’être avec lui.

Les gens qui débutent une relation sous conditions le font simplement parce qu’ils se sentent vraiment bien dans cette relation, et ils ne s’arrêtent jamais à la question du pourquoi cela est si agréable. Après tout, la cocaïne ça fait du bien, mais est-ce ce tu cours t’en acheter à la seconde où tu en vois ?
(Ne réponds pas à cette question)

Teste des hypothèses pour évaluer tes relations. Pose toi des questions comme :

  • Si je perds mon travail, est-ce que papa continuera à me respecter ?
  • Si j’arrête de lui envoyer de l’argent, est-ce que maman m’aimera encore et est-ce qu’elle continuera à m’accepter ?
  • Si je dis à ma femme que je veux commencer une carrière de photographe, est-ce que ça ruinera notre mariage ?
  • Si j’arrête d’avoir des relations sexuelles avec ce type, est-ce qu’il aura toujours envie de me voir ?
  • Si je dis à Jack que je ne suis pas du tout d’accord avec ses décisions, est-ce qu’il me fera la gueule ?
    Mais aussi, regarde toi dans le miroir et interroge toi à propos des autres :
  • Si je déménageais dans le Kentucky, est-ce que je garderai le contact avec Paul ?
  • Si John ne me donnait plus d’entrées gratuites pour ces concerts, est-ce que je trainerais encore avec lui ?
  • Si papa arrêtait de me payer l’école, est-ce que je continuerais à rentrer à la maison pour lui rendre visite ?
    Il y a un million de questions hypothétiques et tu devrais toutes te les poser.
    Tout le temps.

Parce que si n’importe quelle d’entre elle induit une réponse autre que « non, ça ne changerait rien », tu es probablement en face d’une relation sous conditions, ce qui signifie que n’as peut-être pas cette relation aimante que tu pensais avoir. Oui je sais, ç’est dur à admettre.

Mais attends, ce n’est pas tout !

Si tu veux faire du ménage ou réparer ces relations dans ta vie, et créer de solides relations inconditionnelles, cela va forcément emmerder du monde. Car il faut que tu cesses d’accepter les conditions posées par les autres. Il faut que tu t’en sortes tout seul comme un grand.

Et, inévitablement, arrivera le moment ou tu auras à dire « non » à quelqu’un au moment précis où il sera le moins prêt à t’entendre. Ça fera un drame. Un bordel sans nom dans bien des cas. Après tout, ce que tu es en train de faire, c’est de mettre fin à la situation dans laquelle des personnes utilisaient des pans de ta personnalité pour se sentir mieux elles-mêmes. Elles vont se mettre en colère et te le reprocher. Elle vont te pourrir de méchancetés.

Ne te décourage pas. Ce type de réaction est la preuve même que la relation fonctionnait sur le mode conditionnel. Un amour réel et honnête est capable de respecter et d’accepter une parole qu’il n’a pas envie d’entendre. Un amour conditionnel va réagir violemment.

Mais ces drames sont nécessaires. Parce que quelque chose va forcément émerger de cette situation. Soit la personne va être incapable de renoncer à ses conditions et va par conséquent disparaître de ta vie (ce qui, en soi, est une bonne chose dans la plupart des cas). Soit la personne ne vas pas avoir d’autre choix que celui de t’accepter inconditionnellement, et de t’aimer malgré les inconvénients que cela peut avoir pour elle et pour son estime personnelle.

Evidemment, c’est méchamment difficile. Mais c’est la nature même des relations humaines que d’être difficiles. Si la vie se résumait à « fun et fellation », on n’avancerait à rien. Et personne ne grandirait.

Vous voulez savoir si le monde est vraiment foutu
(ou si c’est juste vous)

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